Droit de réponse : comment nous l'enseignons dans le module d'interviews
Le module consacré aux interviews et au droit de réponse évolue cet automne : davantage d'exercices d'entretien avec des experts et un atelier de présentation équitable des organisations mises
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Ce qui change dans le module cet automne
Depuis la rentrée, le module Interviews et droit de réponse occupe une place plus large dans le parcours. Nous y avons réorganisé les séances pour que les participants passent moins de temps à écouter et davantage à pratiquer. Chaque séance commence désormais par une courte préparation écrite : l'objectif de l'entretien, les trois informations que l'on cherche à confirmer et les documents que l'on pose sur la table.
Ce choix répond à ce que nous observons depuis les premières volées en 2017 : les entretiens qui échouent sont rarement ceux où l'interlocuteur se ferme, mais ceux où l'intervieweur ne savait pas précisément ce qu'il venait chercher. La préparation est donc devenue un exercice noté par les instructeurs, avec un retour écrit avant le passage à l'oral.
Je suis Julien Dubois, instructeur de l'analyse de documents, et c'est à ce titre que j'interviens aussi dans ce module : les questions posées à un expert prennent de la force lorsqu'elles s'appuient sur une pièce précise, un permis, un rapport d'analyse, une décision communale.
- Préparation écrite avant chaque exercice d'entretien
- Retour individuel des instructeurs sur le plan de questions
- Documents de référence remis en amont de chaque séance
Interviewer un expert sans lui faire dire ce qu'on veut
Un expert en hydrologie, en droit de l'environnement ou en gestion des déchets accepte volontiers d'expliquer, mais il se méfie des questions qui l'enferment. Le module apprend à poser des questions ouvertes d'abord, puis à resserrer : demander comment une valeur limite est établie avant de demander si elle a été dépassée sur un site donné.
Nous travaillons aussi la reformulation. Reprendre avec ses mots ce que l'expert vient de dire, et lui demander de confirmer, évite bien des erreurs de restitution, surtout sur des notions techniques comme les seuils légaux ou les unités de mesure. Les participants s'exercent entre eux, puis face à un instructeur qui joue le rôle de l'interlocuteur réticent.
Enfin, chacun apprend à distinguer ce qui relève du fait établi, de l'avis d'expert et de l'opinion. Cette distinction se retrouve ensuite dans l'écriture : une citation n'a pas la même fonction qu'une donnée vérifiée dans un document.
- Questions ouvertes puis questions de précision
- Reformulation pour confirmer les points techniques
- Séparer fait établi, avis d'expert et opinion
Présenter la position d'une organisation mise en cause
Le droit de réponse est le cœur éthique du module. Lorsqu'une enquête met en cause une entreprise, une commune ou un exploitant, la personne concernée doit pouvoir s'exprimer avant la publication, sur des faits précis et avec un délai raisonnable pour répondre.
Nous enseignons à rédiger une demande de prise de position claire : ce que l'on a constaté, les documents sur lesquels on s'appuie, les questions posées et le délai accordé. Un courriel vague ou, à l'inverse, un questionnaire de trente lignes produit rarement une réponse exploitable. Les participants rédigent leur propre demande, qui est ensuite relue par un instructeur.
Il s'agit aussi de savoir que faire d'une réponse : la citer fidèlement, signaler ce qu'elle conteste, et ne pas la déformer par un résumé commode. Un refus de répondre se mentionne simplement, sans commentaire.
- Demande écrite avec faits, documents et délai précis
- Restitution fidèle de la réponse reçue
- Mention neutre d'un refus de répondre
Exercices et déroulement des séances
Chaque séance alterne trois temps. D'abord une analyse commentée d'un entretien déjà mené, pour repérer les relances utiles et les occasions manquées. Ensuite un exercice en binômes, où l'un conduit l'entretien et l'autre observe. Enfin une mise en commun, au cours de laquelle les instructeurs reviennent sur les points délicats.
Les situations proposées portent sur des sujets que les participants rencontreront réellement : un rejet industriel signalé par un riverain, un chantier près d'une zone protégée, une allégation environnementale dans une brochure touristique. Les rôles sont tenus par les instructeurs, qui adaptent leur degré de résistance au niveau du groupe.
Les entretiens enregistrés pendant les exercices servent de matière de travail : chacun réécoute le sien, note ses silences, ses interruptions et ses questions fermées, puis en discute avec l'équipe pédagogique.
- Analyse d'un entretien existant
- Exercice en binômes avec observateur
- Réécoute et commentaire de son propre enregistrement
À qui s'adresse ce module et ce qu'il demande
Le module convient aux étudiants, aux journalistes débutants et aux citoyens qui souhaitent enquêter sur l'environnement en Suisse romande. Aucune expérience préalable de l'entretien n'est exigée, mais il est utile d'avoir suivi les fondements de l'enquête ou d'avoir déjà un sujet en tête.
Prévoyez du temps entre les séances : la préparation écrite et la relecture de vos enregistrements demandent plusieurs heures. C'est un travail exigeant, mais c'est là que la progression se fait.
À l'issue du module, vous saurez préparer un entretien, conduire une conversation avec un expert, rédiger une demande de prise de position et restituer les réponses avec exactitude. Cela ne garantit ni une publication ni un emploi : c'est une méthode que vous appliquerez ensuite à vos propres enquêtes.
Le droit de réponse n'est pas une formalité en fin d'enquête, c'est une manière de travailler du premier appel au dernier paragraphe. Ce module vous donne l'occasion de la pratiquer avec des journalistes en activité, sur des cas proches de ceux que vous rencontrerez. Si vous hésitez sur le moment de l'intégrer à votre parcours, le programme détaille l'ordre des modules et leurs prérequis.
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